Une interview du Dr. Jan Polak sur l’Acu-AnMo

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Une interview du Dr J. POLAK réalisée par Gille DONGUY. <Section Flash’livre>

acuanmo

Dans une précédente interview, le Dr Jan POLAK  nous expliquait les principes essentiels de la ‘Médecine Traditionnelle Européenne’.  Cette nouvelle interview porte sur l’Acu-AnMo, ‘Acupuncture sans recette’, dont les principes sont dévoilés  dans l’ouvrage ‘Le diagnostic en Acu-AnMo‘.

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G. Donguy

Un certain nombre de disciplines de soins, basées sur la MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise), avec une optique de « simplification » du diagnostic pour la plupart, sont apparues ces dernières années .Vous-même avez développé le concept d’Acu-AnMo, expliqué dans votre ouvrage « Le diagnostic en Acu-AnMo ». Quels en sont les points essentiels ?

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Dr. Polak

L’Acu-AnMo n’est pas une « simplification », ni un « concept », mais un retour aux sources : le diagnostic est 100% Traditionnel. Ce sont beaucoup de notions que les chinois contemporains ont cependant perdues, à cause principalement des évènements politiques du 20e siècle : guerres, civiles et contre les japonais, maoïsme : la transmission orale de Maître à élève a été interrompue, et ne restent que des textes, écrits qui sont surtout des commentaires de ce qui est censé être connu mais qui ne l’est plus.

Du coup l’acupuncture contemporaine en Chine est basée sur des raisonnements inutilement complexes, et vains puisque cela n’aboutit qu’à des recettes : celles-ci comportent de nombreux points, dont on ne sait pas très bien ce que chacun censé faire, points finalement proposés en fonction d’un diagnostic occidental (douleurs de l’épaule : utilisez tels et tels points), et finalement modérément efficaces.

En France cependant l’Acupuncture a été transmise au début du 20e siècle, avant que la Tradition ne se perde complètement, grâce à Soulié de Morant, diplomate et interprète dans le sud de la Chine. Cette Tradition a été maintenue vivante par des générations d’excellents acupuncteurs, comme le Dr Kespi, qui ont su retrouver ce qui commençait déjà à se perdre.

Du coup en France (bien qu’il s’agisse d’un courant marginal, les recettes évitant d’avoir à réfléchir) sont utilisées des notions énergétiques, comme les Barrières, etc., que les Chinois quant à eux ne comprennent plus.

L’Acu-AnMo se situe dans cette Tradition : pas de recettes, mais un diagnostic purement énergétique (ce qui n’est finalement pas si compliqué…), et le point à traiter est choisi parce que son action énergétique est connue. Le soulagement immédiat de la douleur doit d’ailleurs confirmer le bon choix du point à traiter.

Le terme AnMo signifiant simplement que ces points sont travaillés en douceur : soit avec un simple stylet, soit, pour les médecins qui le préféreraient, avec une aiguille manipulée de façon totalement indolore pendant quelques dizaines de secondes, pas plus, et donc pas laissée en place, sauf comme support de moxas. Ces derniers sont d’ailleurs souvent utilisés, ce que la plupart des acupuncteurs ne font que rarement : or la traduction du mot chinois utilisé pour décrire l’acupuncture signifie « aiguilles et moxas ». Car les moxas sont le seul moyen d’apporter de l’énergie : or on ne peut pas faire circuler harmonieusement une énergie insuffisante.

Pour être complet, précisons que l’Acu-AnMo ne s’adresse qu’aux douleurs de l’appareil locomoteur. Et le principe de base est que toute douleur est due à une obstruction à la circulation de l’énergie.

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G. Donguy

Vous reprenez la théorie des méridiens et précisez que l’énergie circule dans les deux sens de part et d’autre du méridien. D’autre part, dans le cadre des douleurs en nappe (les douleurs étant dues à un blocage de la circulation du Qi, selon diverses modalités, tel les barrages, les stagnations, les torrents d’énergies, etc.), vous ajoutez que l’énergie peut circuler selon « 4 voies » : deux Yang et deux Yin, dans chaque sens. Cela a-t-il un rapport avec les méridiens Yin (qui sont centrifuges au niveau des bras selon grande circulation) et les méridiens Yang (qui sont centripètes au niveau des bras selon la grande circulation) ? Ou bien est-ce une vision plus complète que vous proposez, sans équivalent strict dans les théories de la MTC ?

 

Dr. Polak

La théorie des méridiens n’est pas systématiquement utilisée en Acu-AnMo. En effet toutes les médecines Traditionnelles, y compris donc la MTC (Médecine Traditionnelle Chinoise), utilisent un raisonnement Analogique, c’est-à-dire purement mnémotechnique, pour à partir d’un symptôme bien concret arriver à un traitement bien concret, au moyen d’un raisonnement qui lui ne l’est pas, mais qui cependant est parfaitement reproductible par des thérapeutes compétents différents (ce qui est le critère d’une méthode scientifique).

Par exemple la notion de Barrage sur la circulation énergétique, de Stagnation d’énergie, etc. ne sont que des concepts, mais ils sont bien définis, ce qui fait que chaque thérapeute doit arriver au même diagnostic énergétique, qui aboutit au même choix de point(s) à traiter en fonction de ce diagnostic.

Pour en revenir à la circulation de l’énergie, ce n’est donc qu’un concept, un référentiel analogique, qu’on utilise selon les besoins, tout comme le référentiel des méridiens. Dans le cadre de ce concept l’énergie circule dans les deux sens au niveau des méridiens, lesquels n’ont donc pas de direction (la numérotation des points donne une fausse impression de direction : les chinois n’utilisaient que les noms des points).  Mais si on utilise le référentiel des points Shu, on raisonne de la périphérie vers le centre, quel que soit le méridien.

On n’utilise d’ailleurs le référentiel analogique des méridiens que quand ceci est utile au diagnostic. Ce qui fait que dans le 2/3 des diagnostics, la notion de méridien n’est pas utilisée. C’est le cas par exemple des Barrières : on va utiliser un autre référentiel mnémotechnique, qui est qu’à chaque grosse articulation il y a un courant Yin centrifuge, un courant Yin centripète, et de même deux flux Yang, centrifuge et centripète. Un barrage sur un de ces flux provoque une douleur, mais la levée de chacun des 4 barrages potentiels implique des points différents, d’où l’importance d’un diagnostic précis. Et l’utilisation de ce référentiel analogique des 4 flux permet un diagnostic parfaitement reproductible et un traitement immédiatement efficace.

 

G. Donguy

Vous revisitez également la théorie des syndromes BI, en en soulignant l’invraisemblance du point de vue de la causalité, et en proposant de la recadrer avec les principes de la MTE (voir interview précédente pour nos lecteurs). Tradition orientale et occidentale semblent donc pouvoir faire bon ménage ?

 

Dr. Polak

Tradition orientale et occidentale ne sont que des points de vue analogiques sur la même chose, points de vue simplement colorés par la culture locale.

Donc l’une peut aider à mieux comprendre l’autre.

En l’occurrence, la notion d’énergie dite « perverse » n’est pas très compréhensible, ni utilisable analogiquement pour un traitement efficace, alors qu’il suffit de reconsidérer le rôle des facteurs climatiques dans les maladies d’un autre point de vue. Ceci est expliqué dans mon livre et dans mes cours : c’est un peu long pour en discuter en détail ici.

  

G. Donguy

Etonnement, vous n’incluez pas l’examen de la langue et la palpation des pouls dans le diagnostic, alors que ces deux aspects sont incontournables en MTC. Quelle en est la raison ?

 

Dr. Polak

L’examen de la langue et du pouls n’apporte absolument rien qu’un bon interrogatoire ne puisse facilement diagnostiquer.

Les pouls sont très compliqués à prendre, et énormes sources d’erreurs. Voici une anecdote véridique : après la fin de mes études de médecine et d’acupuncture, nous avons créé avec d’autres médecins une association qui un jour a fait intervenir un spécialiste chinois des pouls. Il nous a fait nous assoir en ligne, nous demandant de ne pas lui dire nos symptômes, qu’il allait les trouver en nous prenant le pouls. Résultat : il s’est trompé pour tout le monde. Je me suis dit que si un spécialiste chinois n’y arrivait pas, il y avait peu de chances que j’y arrive…

Depuis je ne prends plus les pouls, et je m’en passe très bien.

 

G. Donguy

Une question subsidiaire pour terminer…à propos des méridiens ! Le débat quant à savoir si les méridiens existent ou pas reste toujours d’actualité. Dans le livre « le génie dans vos gènes », l’auteur évoque l’effet « piézoélectrique » du massage et de la stimulation des points d’acuponcture. Il révèle l’existence de structures anatomiques filiformes appelées « Réseaux de Bonghan », évoque les « Biophotons » (Popp), etc. Quel est votre avis sur la question ? Le raisonnement analogique peut-il s’enrichir de ces données concrètes ?

 

Dr. Polak

Le raisonnement des médecines traditionnelles étant analogique et mnémotechnique, ce qui est bien cependant concret, le fait que les méridiens existent ou pas est sans importance ; d’autant que nous parlons ici d’énergie, sans forme et non mesurable avec des appareils, et non de matière : or en Occident ‘exister’ c’est toujours de la matière quantifiable. Comme en MTE, ce qui compte ici c’est qu’à partir de l’observation des symptômes on aboutisse facilement et rapidement à un traitement simple et efficace, et c’est le cas en Acu-AnMo.

 

 

 

Pour en savoir plus : www.acu-anmo.com

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Livres du Dr Jan Polak :

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Version PAPIER

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Version NUMERIQUE 

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Gilles Donguy

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