Une interview du Dr. Bruno Noël Pinel

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Une interview du Dr Bruno Noël PINEL réalisée par Gille DONGUY. <Section Flash’livre>

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Le Dr Bruno Noel PINEL, fort de d’une grande expérience médicale, nous livre son point de vue sur une notion phare de la Naturopathie, à savoir  l’équilibre acidobasique, via son dernier ouvrage, « Guérir mode d’emploi ». Interview.

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G. Donguy (1)

Vous êtes, entre autres, praticien hospitalier, ancien chef de clinique, spécialisé en gériatrie et rhumatologie…! Quelle démarche, en votre qualité de médecin, vous a conduit à vous intéresser à un sujet somme toute très popularisé par la Naturopathie, à savoir la notion d’équilibre acidobasique, dont le pendant dans votre ouvrage est décliné sous le vocable d’acidose métabolique?

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Dr. Bruno Noël Pinel

 bruno_pinel

 

Certains symptômes sont expliqués en médecine conventionnelle par un état d’acidose chronique avéré et biologiquement prouvé (dans l’insuffisance rénale, le diabète  ou l’insuffisance respiratoire par exemple). Les médecins ignorent ou négligent d’ailleurs le plus souvent  l’acidose dans ces situations cliniques.  J’ai constaté l’amélioration, dans ces situations, de certains symptômes  par une basification de l’organisme. J’explique, en préambule, les mécanismes physiologiques  qui pourraient l’expliquer.

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G. Donguy (2)

Dans ce livre, vous évoquez les 3 types d’acidose métaboliques, pour finalement vous concentrer sur l’acidose métabolique chronique (AMC) de bas niveau, source potentielle de nombreux problèmes de santé, et liée aux phénomènes inflammatoires. Quel lien et/ou différence faites-vous entre cette acidose métabolique chronique (souvent dénommée acidose métabolique latente par les nutritionnistes – pour information je suis moi-même titulaire du D.U Alimentation Santé Micronutrition de l’université de Dijon), l’inflammation de bas grade, les phénomènes de Glycation et le stress oxydant évoqués par les nutritionnistes? L’AMC  est-elle selon vous le socle commun à ces dérives métaboliques?

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Dr. Bruno Noël Pinel

Je n’appelle pas ça l’AML (latente) car latente implique que l’acidose n’existe pas encore mais est potentielle. L’AM de bas niveau ou de bas grade me semble plus adaptée car elle correspond à une acidose infrabiologique déjà en place et symptomatique, même si elle est difficile à mettre en évidence sur le plan biologique.

L’acidose métabolique chronique est une maladie ayant des stigmates biologiques avérés (augmentation de la réserve alcaline par exemple ou trou anionique plasmatique ou urinaire). Une AM infrabiologique (de bas grade) existe vraisemblablement, expliquant les signes cliniques observés puisqu’ils sont les mêmes que dans l’acidose chronique, bien que la biologie conventionnelle ne la décèle pas. Sa détection par l’examen des urines est actuellement le seul moyen de la mettre en évidence. Ainsi, l’AM Chronique n’est qu’un type d’acidose,  présente dans certaines affections (précitées).

G. Donguy (3)

Vous passez en revue tout un panel de pathologies (dont le cancer) par grandes catégories résumées dans un tableau page 94, dont l’origine est liée à l’AMC (en détaillant pour chaque pathologie les mécanismes à l’œuvre). Selon-vous le simple fait de corriger l’AMC (par des moyens détaillés dans votre ouvrage) est-il le garant de la prévention de ces pathologies, voire de leur guérison?

Dr. Bruno Noël Pinel

Les pathologies citées dans le livre sont liées à une AM de bas grade, comme en cas d’acidose aigue (où elles n’ont pas le temps de se manifester) et chronique (où elles ont parfois le temps de se manifester en cas d’évolution longue de la maladie responsable de cette acidose). Dans l’AM de bas grade, le caractère chronique et lentement évolutif de cette  acidose permet à celle-ci d’exercer son action délétère.

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G. Donguy (4)

Les Naturopathes (vous l’évoquez dans votre ouvrage) utilisent classiquement la mesure du pH urinaire pour estimer l’état de l’équilibre acidobasique d’une personne. Selon certains nutritionnistes, seule l’excrétion urinaire nette acide (effectuée en laboratoire) est fiable pour apprécier correctement un problème d’acidose, le pH urinaire étant sujet à trop de variations au cours d’un cycle de 24 heures. Hormis le fait que les urines du matin doivent être normalement acides, l’utilisation du papier pH pour mesurer le ph urinaire est -il selon vous un moyen fiable de détecter l’AMC?

Dr. Bruno Noël Pinel

L’examen des urines est un bon moyen d’orientation qui peut venir appuyer un diagnostic pressenti sur le plan clinique. Les examens effectués en laboratoire, sur le sang, sont difficiles et onéreux. Ils ne pourraient de toute façon pas détecter une acidose de bas grade, laquelle est limitée à l’espace tissulaire (tissu conjonctif) et non plasmatique (en raison des compensations de l’équilibre acidobasique qui régule l’acidité du sang).

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G. Donguy (5)

Cette notion d’AMC rejoint la notion phare du Terrain Humoral  en Naturopathie traditionnelle (celle de Marchesseau). L’encrassement toxique et toxinique de ce terrain, toujours selon la naturopathie, est la cause immédiate de nombreuses pathologies. En accord avec la Naturopathie, vous expliquez les causes de cette AMC (les causes dites lointaines selon la Naturopathie) : notamment l’alimentation et le stress (ainsi que les comportements addictifs : tabac, …). Du point de vue de l’alimentation, vous évoquez un critère de potentiel acidifiant ou alcalinisant des aliments (résidus acides, neutres ou alcalins après métabolisation), à savoir le PRAL : cet indice, qui un calcul purement théorique et non une mesure, est-il corroboré par des études cliniques?

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Dr. Bruno Noël Pinel

Dans le premier chapitre du livre, j’explique assez simplement les mécanismes  et les facteurs biochimiques entrant  dans la constitution de l’acidose corporelle… Que celle-ci soit aigue, chronique ou de bas niveau. Les causes sont intrinsèques à l’individu ou extrinsèques. Les causes intrinsèques  sont respiratoires, métaboliques (diabète par exemple) ou rénales. Les causes extrinsèques sont surtout alimentaires, le stress, certains médicaments, le tabac …

Le PRAL est une mesure théorique et je ne connais pas d’études cliniques qui le corroborent. Cependant, un régime alimentaire qui en tient compte améliore les symptômes et le pH urinaire.

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G. Donguy (6)

A la page 159 de votre ouvrage, vous évoquez un mécanisme métabolique sans doute peu connu des thérapeutes, à savoir le recyclage des lactates (acide lactique) en concurrence et au détriment de la dégradation de l’acide urique en ammoniac. Or, dans certaine obédiences naturopathiques, les produits lacto-fermentés sont largement glorifiés (ni cru ni cuit!). Faudrait-il dès lors être plus prudent quant à la consommation de ce type de produits?

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Dr. Bruno Noël Pinel

L’acidose liée à une hyperlactacidémie n’a pas de lien avec les produits lactés. L’acide lactique constitue le carburant normal des cellules en situation d’anaérobie (anoxie ou hypoxie cellulaire) c’est-à-dire en état de fonctionnement en insuffisance d’oxygène. C’est un fonctionnement biologique normal dans ces situations. L’autre carburant des cellules est le glucose, qui nécessite, quant à lui, de l’oxygène. Cependant,  prolongé ou excessif, ce fonctionnement en manque d’oxygène entraine une augmentation des lactates et une acidose. Ces situations d’anaérobie sont favorisées par le manque d’oxygénation, le tabac, l’insuffisance respiratoire, l’exercice intensif sans  oxygénation préalable, la désaturation de l’hémoglobine en oxygène.

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G. Donguy (7)

Venons-en aux fruits aqueux. Vous évoquez le pouvoir alcalinisant des agrumes pourtant acides au goût  (exemple phare du citron). Or selon certain Naturopathes, cela dépend de la constitution de l’individu : certains (Sanguino-pléthoriques)  éliminent les acides faibles (acides tartriques, maliques, etc.) facilement, d’autres (Neuro-arthritiques) les neutralisent par spoliation des réserves minérales alcalines de l’organisme. Ce point de vue relève-il selon vous d’une réalité physiologique et métabolique avérée?

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Dr. Bruno Noël Pinel

Les agrumes sont des végétaux au goût acide mais qui produisent des citrates durant leur digestion. Ils sont donc basifiants. Quant aux acides faibles, ils jouent un rôle assez mineur mais non négligeables dans l’équilibre acidobasique de bas grade.

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G. Donguy (8)

Question subsidiaire : ce genre de fruits (aqueux et acides) séjournent a priori peu de temps dans l’estomac lorsque consommés seuls. Selon l’expérience de nombreux naturopathes, Il est classiquement conseillé (surtout pour les neuro-arthritiques) de ne pas les consommer en fin de repas sur un bol digestif destinés à rester 4 ou 5 heures dans l’estomac…(A noter que pour la plupart des médecins nutritionnistes…on s’en fout!). Il serait donc préférable de les consommer seuls ou avec des oléagineux vers 17H (le goûter) où ils sont supposés bien mieux métabolisés. Sans tomber dans un a priori tranchant (pour l’une ou l’autre position) quel est votre point de vue argumenté sur le sujet?

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Dr. Bruno Noël Pinel

Je ne suis pas certain de la réalité ni de l’utilité de cette assertion.  Je n’ai pas prêté grande attention à ce calendrier nutritionnel. Par contre, j’ai remarqué qu’il n’y a pas de différence acidobasique selon la vitesse de vidange gastrique. Certaines personnes ont une vidange gastrique extrêmement rapide et leur réactivité aux corrections de l’équilibre acide base est identique.

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G. Donguy (9)

Terminons avec le Cancer. Il règne une certaine confusion quant à la notion d’acidose, selon quelle concerne le Sang ou les tissus. Le Naturopathe Suisse C. VASEY a d’ailleurs clarifié la chose dans un de ses articles : le Cancer évoluerait sur un terrain alcalin, effectivement si l’on parle ici du pH du Sang (ce dernier, en vertu d’une homéostasie stricte variant peut), avec comme corolaire une augmentation de l’acidose tissulaire, à la manière de vases communiquant – l’acidose tissulaire favorisant le facteur de croissance vasculaire (VEGF) favorable au développement et la propagation de la tumeur. L’acidose tissulaire pourrait-elle aussi être initiatrice d’un cancer?

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Dr. Bruno Noël Pinel

Nous avons en permanence, toute notre vie, et de plus en plus avec l’avancée en âge, des transformations cancéreuses de certaines de nos cellules. Nos déficits immunitaires permettent de les détruire au fur et à mesure de leur apparition. Un terrain d’acidose chronique limite, en théorie, en raison de ses mécanismes et de ses conséquences chimiques, la prolifération  ou la naissance ou l’essaimage (métastases) de ces cellules. Par le VGEF entre autres. Eviter l’acidose chronique, ou la corriger doit en théorie éviter ces situations.

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Pour en savoir plus sur les activités du Dr Bruno Noël PINEL, cliquez sur le lien ci-dessous :

docvadis.fr/bruno-pinel

Gilles Donguy

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3 commentaires

  • Merci Gilles de nous faire découvrir le travail du Dr Bruno Noël Pinel.

    Quelques remarques ou interrogations cependant :
    – Question 3 : le Dr Pinel ne répond pas à la question et n’explique pas comment corriger l’acidose métabolique chronique.
    – Question 6 : vous posez une question sur les aliments lacto-fermentés et le Dr Pinel répond au sujet des produits lactés.
    – Questions 7 et 8 : je suis d’accord avec le Dr Pinel. Rien ne vient corroborer qu’il faille manger les fruits en dehors des repas.
    – Question 9 : le Dr Pinel dit que « nos déficits immunitaires permettent de détruire les cellules cancéreuses au fur et à mesure de leur apparition ». Je ne comprends pas cette réponse.
    Ensuite il dit qu’un terrain d’acidose chronique limite la prolifération des cellules cancéreuses puis, juste après, qu’il faut « éviter l’acidose chronique ». C’est incohérent…

    Merci de vos éclairages respectifs.

    Florian

  • Question 3 :
    il s’agit de l’acidose de bas grade. traitement immédiat en apportant des substances tampons comme les produits alcalinisants ou basifiants (type FONCITRIL ou ALCAPHOR, sur ordonnance mais non remboursés) ou citrate de potassium (par exemple K-sel) ou bicarbonate de calcium. Ils tampons les acides circulants plasmatiques et vont donc déplacer peu à peu les acides non plasmatiques (tissu conjonctif). En attendant l’efficacité de la prise en charge par les mesures préventives (hygiène alimentaire en particulier)

    Question 6 :
    la fermentation des produits lactés produit de l’acide lactique et du gaz carbonique, la dégradation des sucres complexes en sucres simples plus digestibles, en sus des bactéries entretenant le microbiote intestinal. Ils facilitent donc la bonne digestion de même que la production de diverses vitamines, certains acides aminés et participent aussi à la lutte antiinfectieuse et à la lutte contre les allergies. L’acide lactique produit reste dans la lumière intestinale ce qui n’interfère pas avec l’acidité du milieu intérieur (plasmatique et extraplasmatique.). Les produits lactofermentés sont donc excellents, en particulier chez les nombreuses personnes intolérantes au lactose.

    Question 9 :
    en effet, erreur d’écriture. L’acidose métabolique diminuerait la fonction immunitaire. Une bonne immunité participe à la lutte contre la lutte contre les cellules cancéreuses. Comme il est dit dans les pages 209 et 210 du livre, la prolifération comme l’essaimage des cellules cancéreuses seraient diminués par une ambiance alcaline donc basique du milieu intérieur.

  • Gilles DONGUY

    Merci au Dr Noel PINEL pour ces éclaircissements!

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